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Abi-Lektüre Les Raisins de la galère Tahar Ben Jelloun
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ymarc
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BeitragVerfasst am: 16 Dez 2017 - 14:25:38    Titel: Abi-Lektüre Les Raisins de la galère Tahar Ben Jelloun

Source / Quelle:

ETUDE SUR LE ROMAN DE TAHAR JELLOUN
DORINE PAON
ALGÉRIE LITTÉRATURE/ACTION - N°57

"Le roman Les Raisins de la Galère de Tahar Ben Jelloun, publié en 1996 , est écrit à la première personne : Nadia, la narratrice, est une jeune française d'origine kabyle. On apprend que ses parents sont arrivés en France dans les années 60.
Elle raconte son histoire, ses souvenirs, sa cité dans une ville de la banlieue parisienne appelée "Resteville" (le nom même de cette ville est assez transparent…) ; elle raconte sa mère et ses superstitions, la grande et belle maison construite des mains de son père au cœur de Resteville, maison que la municipalité fera raser pour soi-disant bâtir une Maison de la Culture, alors qu'un supermarché sera finalement construit sur le site; elle raconte le fatalisme et la résignation de son père devant son rêve qui s'écroule en même temps que sa maison, et le déménagement forcé dans un HLM; elle raconte la difficulté de se trouver au milieu de deux cultures, et ce sentiment de ne pleinement appartenir à aucune des deux communautés; elle raconte aussi l'échec scolaire de certains jeunes et l'image de "bons à rien" que leur renvoie l'école; elle raconte enfin les "bavures" policières, la drogue, la prostitution, et la montée de l'islamisme dans les cités; mais elle raconte surtout sa passion, sa fougue, son combat.
Choisissant comme sujet la vie des immigrés en banlieue, ce roman n'est certainement pas le plus connu de Tahar Ben Jelloun. Ne s'agirait-il pas d'un sujet tabou dans la politique générale de la France et dans l'inconscient collectif des Français? Sans doute le public ne veut-il pas reconnaître et affronter la réalité de la vie dans ces "cités", les difficultés d'intégration des enfants d'immigrés et le manque de reconnaissance de ces populations. Tahar Ben Jelloun touche un point sensible quand il montre du doigt l'administration française, sa corruption, et le racisme dont fait montre le monde politique :

"Il [le père] avait dû refaire plusieurs fois le plan [de sa maison] à cause des objections de la mairie. Il y avait là quelqu'un qui ne supportait pas l'idée qu'une famille d'Algériens puisse s'installer en centre ville ; à ses yeux, un immigré devait habiter la zone, au mieux une cité de transit ou un 'logement social'."

Il dénonce l'injustice dont est victime la famille de Nadia. Le père, désabusé, énonce froidement à sa fille l'inexistence d'une justice pour les pauvres dans tous les pays du monde. Il précise que "bien sûr il faut se battre, même si on a le sentiment que c'est perdu d'avance". Et il ajoute :

"Mais quand, de plus, on est immigré, qu'on est étranger, on est bon pour écoper de toutes les injustices, y compris de la part de ceux qui en subissent."

Nadia réagit face au pessimisme de son père et exprime "sa rage, sa haine".
Les mots sont une force, ils ont un impact sur le lecteur, ils dérangent. Tahar Ben Jelloun rejette toute langue de bois pour dénoncer des réalités connues de tous. Nous ne résistons pas à proposer deux courts extraits qui nous paraissent illustrer particulièrement bien cet argument.

"Aziz, au fond, est un bon gars. Ailleurs, il aurait fait des choses formidables. Son handicap à lui, c'est d'être né à Resteville, dans une famille d'immigrés, à une époque où il n'y avait personne pour s'occuper de cette génération qu'on a laissé pousser comme du chiendent dans un terrain vague. Tout ce que médias et spécialistes ont trouvé à faire ç'a été de donner un numéro à cette génération : la deuxième ! Ainsi classés, nous étions forcément mal partis."

"Mon père avait raison de remarquer qu'on ne parle jamais de nous qu'en cas de malheur. Il faut un crime raciste, une bagarre dans un bistrot entre bandes rivales de délinquants parmi lesquels on trouve aussi bien des Français de souche que des Maghrébins : il faut un drame comme le suicide d'une gamine ou la mort d'une petite Malienne des suites d'une excision ; il faut le braquage d'une station-service ou un contrôle d'identité se concluant par une balle tirée dans le dos d'un Arabe pour que nous devenions des sujets dignes d'intérêt pour la télé et les autres médias. La vie tranquille, le bonheur de vivre en paix ne font pas les bonnes histoires ni les gros titres. (…) Pourtant, ça ferait une excellente émission : Mesdames et messieurs, nous sommes heureux de vous présenter une famille maghrébine heureuse au sein de laquelle il n'y a ni drogués, ni chômeurs, ni trafiquants, où les filles ne portent ni foulard, sur la tête, ni voile sur le visage, où règne un équilibre presque naturel. Une famille respectée et aimée dans son quartier, qui donne envie de considérer autrement le Maghreb, l'islam et jusqu'à l'ensemble du monde arabe. Une famille comme il y en a sans doute des milliers, mais dont on ne parle jamais, parce qu'on n'y pense pas, parce que les mentalités restent vissées aux habitudes et aux préjugés."

Que le roman Les Raisins de la Galère appartienne à la périphérie relève du constat. Quels arguments avancer pour qu'il connaisse une reconnaissance des centres littéraires décideurs. D'un point de vue littéraire, cette reconnaissance devrait aller de soi puisque le roman est bien écrit, tout en restant un texte très simple et accessible. Plusieurs pistes de lecture et d'analyse littéraire peuvent être proposées. Il s'agirait tout d'abord de mener un travail sur le titre : tenter un parallèle avec le grand roman de John Steinbeck Les Raisins de la colère ; analyser le choix du mot "galère" en effectuant une recherche historique et linguistique sur ce terme très employé aujourd'hui ; mettre en perspective le titre et l'étude du texte, et inversement, éclairer le texte grâce à l'étude du titre.
A notre sens, la réussite de Tahar Ben Jelloun réside dans une écriture simple et pourtant riche : il est possible d'étudier de nombreux extraits d'un point de vue stylistique et syntaxique, à travers le personnage de Nadia, la narratrice qui raconte sa propre histoire. L'écriture est très expressive et comporte de nombreuses phrases exclamatives et interrogatives. L'emploi de phrases très courtes et d'ellipses participent à cette expressivité de la narration. Le récit est ainsi comparé à un cri, un flot de paroles qui vient de l'intérieur, comme si Nadia ne pouvait plus garder ce dire trop longtemps tu.
Il est également possible de lire le roman selon une approche anthropologique et culturelle. En effet, la frontière entre fiction et réalité est très floue puisqu'un grand nombre de situations connues sont dénoncées, comme le prouvent les remerciements de l'auteur que l'on trouve à la fin de l'ouvrage :

"Merci à l'équipe de chercheurs sur le terrain qui a rédigé le rapport portant le même titre que ce récit. Et merci à mon ami Adil Jazouli, directeur de Banlieuescopies, qui m'a mis en contact avec cette part de notre vie."

Raisins de la Galère aide à comprendre des éléments qui restent étrangers à beaucoup de personnes, et qui relèvent des pratiques culturelles des pays d'Afrique du Nord. Celles-ci sont vues de l'intérieur de par le regard du personnage principal, enfant d'immigrés kabyles, mais aussi de par l'origine culturelle de l'auteur. Le récit touche des points sensibles de façon juste et précise : l'auteur montre toutes les tensions et les difficultés qui émergent et s'insinuent dans la vie quotidienne des personnages. Il ne s'agit pas d'un réquisitoire contre l'attitude de la France envers les immigrés. Il n'y a là aucune vision manichéenne de la situation et, d'ailleurs, aucune des communautés mises en scène n'est épargnée dans le roman : si la corruption et le racisme du monde politique sont dénoncés, le discours n'est pas plus indulgent avec la communauté d'origine maghrébine. Nadia se veut la porte-parole de ceux à qui on ne donne pas la parole. Tout est résumé dans sa pensée exprimée en ces termes :

"La génération de l'oubli voudrait sortir de l'ombre, soulever les grosses pierres qui la recouvrent, rejeter ce linceul de mépris et ébranler l'arbre des ancêtres."

Le troisième argument, et non le moindre, que nous donnerons en faveur d'une reconnaissance méritée de ce roman, concerne le message d'espoir et le vent d'optimisme qui se dégagent de l'œuvre. Le lecteur suit l'évolution du personnage de Nadia. Cette dernière canalise sa rage pour l'utiliser à bon escient : elle entre dans des associations de quartier où elle s'occupe des plus jeunes, elle créée ensuite une association plus politique, et finit par se présenter aux cantonales puis aux élections législatives, et on la voit penser aux élections européennes à la fin du roman. Les Raisins de la Galère correspond à un récit initiatique : le lecteur découvre les différentes étapes que suit le personnage pour se construire et apprendre les valeurs qui lui sont chères - la patience, la justice, le respect de la dignité humaine.
L'œuvre montre bien les moments de doute et d'espoir que traverse le personnage principal : Nadia oscille entre optimisme et frustration. S'il s'agit d'un récit didactique, il insiste sur une chose : rien n'est acquis, et il faut se battre pour avoir ce que l'on veut et ce que l'on mérite, et ce, quel que soit le point de départ. Néanmoins, la tonalité générale du roman est généreusement et agréablement optimiste.
Chaque société a, collectivement, une certaine image des autres pays. La littérature peut être un lieu de découverte de certaines réalités que les étrangers ignorent, ou refusent de voir. La littérature apparaît alors comme un terrain "neutre" où les images préconçues peuvent être remises en cause. Les romans permettent de déceler et de s'interroger sur des réalités sans doute moins glorieuses, mais qui font partie intégrante d'une connaissance de la société française à travers, notamment, la vision de ses erreurs, ses difficultés, sa politique de l'autruche, etc.
La littérature peut être perçue comme un art qui éclaire la réalité, qui la montre dans toute sa complexité à travers la peinture des tensions et des conflits inhérents à toute société.
De plus, le roman est une sorte de lieu "institutionnalisé" : si l'art littéraire fait référence à des situations réelles, c'est qu'on peut les aborder, qu'on se doit d'essayer de se projeter dans cette réalité pour tenter de la comprendre. Les lecteurs peuvent s'identifier aux personnages et voir que la littérature sait rendre compte de situations qui les concernent. Nous donnerons ici des réactions d'adolescents après la lecture du roman Les Raisins de la Galère (les citations ont été recueillies sur internet) : "Cette histoire est très proche de nous, jeunes ados" ; "J'ai aimé ce livre parce qu'il nous informe et nous fait réagir. J'ai aimé Nadia qui joue le rôle d'une battante". Il est aisé de voir que le roman conte une histoire sur laquelle collégiens et lycéens peuvent s'exprimer.
Les Raisins de la Galère est un appel à une prise de conscience : à travers un texte qui se veut réaliste, Tahar Ben Jelloun met en évidence les réalités du cadre socio-politique de la France d'aujourd'hui, il invite tout lecteur à prendre du recul et à avoir une vision critique des réalités sociales, culturelles et politiques.
A une époque où la violence s'immisce dans la vie quotidienne (chez soi, au travail, dans la rue, à la télévision…), où chacun cherche sa place et son identité - en particulier les adolescents, et notamment les jeunes partagés entre deux cultures - ce roman invite à la réflexion, à l'échange d'opinions et au partage de sentiments. Les Raisins de la Galère appartient à une littérature d'ouverture sur la France multiculturelle contemporaine."

À compléter par d'autres recensions !
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